Paris-Delhi-Bombay… Les indiennes font entendre leur voix

Place aux femmes dans cette exposition foisonnante et étonnante. Les artistes indiennes prennent la parole sans tabou tandis que d’autres dénoncent le poids des traditions qui pèsent encore sur les femmes en Inde.  llustration avec trois artistes, trois œuvres.

Paris-Delhi-Bombay… « Où en est l’Inde aujourd’hui ? » C’était la question posée par le Centre Pompidou dans une exposition qui a rassemblé du 25 mai au 19 septembre 2011 près de 50 artistes indiens et français, dont plus des deux tiers ont réalisé une production spécifique pour ce projet. Six grandes thématiques – la politique, l’urbanisme et l’environnement, la religion, le foyer, l’identité, l’artisanat – rendaient compte des profonds changements d’une société en pleine expansion.

Cette exposition a fait la part belle notamment aux artistes féminines. Parmi les oeuvres présentées, nombreuses étaient celles qui dénonçaient la condition des femmes en Inde. Illustration avec trois artistes, trois œuvres. 

La femme indienne idolâtrée

« Tara », 2004

Ravinder Reddy réalise des sculptures féminines nues en pied ou des têtes monumentales de femmes dans différentes couleurs. L’œuvre présentée dans cette exposition est emblématique de son œuvre : l’articulation harmonieuse des volumes se conjugue aux effets décoratifs présents dans la coiffure raffinée, ornée de fleurs, ainsi que dans les bijoux finement travaillés. L’artiste rend hommage à la femme indienne contemporaine en la magnifiant avec de l’or, l’élevant ainsi au rang d’idole. Si la forme et les couleurs rappellent le Pop Art, l’esthétique n’en reste pas moins proche de la sculpture monumentale religieuse officielle.

 


Le bindi contre le mariage arrangé

« Reveal the secrets that you seek », 2011

 

Bharti Kher utilise dans ses œuvres le bindi, cette marque portée au milieu du front par les hindous. Symbole du troisième œil de Shiva, centre de la connaissance, il est noir pour les jeunes filles, vermillon pour les femmes mariées. La femme devenue veuve doit cesser de le porter afin de montrer qu’elles sont en deuil. Cette goutte appliquée sur le front de la femme indique donc si elle est mariée ou pas, veuve ou pas.

Pour Reveal the secrets that you seek, l’artiste indienne s’est inspirée ici de la Galerie des glaces de Versailles en utilisant une série de miroirs français anciens. Elle les a d’abord brisés à coups de marteau, puis leur a appliqué des centaines de bindis de velours noir, comme des pansements, illustrant ainsi une pratique largement répandue en Inde : celle des mariages arrangés malgré l’instauration en 1954 d’un mariage civil.

 


La dot, un poids pour les familles indiennes

« Mahalaxmi », 2002

Atul Dodiya, lui, a peint la déesse Mahalakshmi sur un store métallique, comme le font les commerçants indiens sur ceux de leurs magasins pour qu’elle leur apporte la prospérité. Une fois le store remonté, il laisse apparaître l’image en noir et blanc d’un suicide collectif de trois sœurs dont la famille n’a pas pu payer la dot exigée pour leur mariage.

Atul Dodiya dénonce le poids de la dot apportée par la fiancée en Inde, l’une des premières sources d’endettement des familles. Cette pratique pourtant interdite juridiquement touche presque tous les milieux sociaux. Durement négocié, le versement d’une dot permet notamment en retour le mariage des sœurs du fiancé. Mais, lorsque la famille de la jeune mariée ne peut répondre aux exigences économiques de l’époux ou de sa famille, les femmes peuvent être en danger : suicide ou meurtre maquillé en accident domestique.



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