Ces petites filles que l’on marie

La photographe Stéphanie Sinclair expose au festival Visa pour l’image qui se tient du 1er au 16 septembre à Perpignan. Récompensée en 2004 pour sa série consacrée à l’auto-immolation des afghanes, elle dénonce cette fois-ci les mariages forcés de fillettes, autre type de violence faite aux femmes. Près de 60 millions de femmes sont concernées par ce phénomène ; dans les pays en voie de développement, ces enfants-épouses représentent plus du tiers des femmes mariées. Son travail a de nouveau fait l’unanimité; la photographe a reçu cette année le Visa d’Or catégorie magazine.

C’est en 2003 lors de son enquête en Afghanistan sur les victimes d’immolation que Stéphanie Sinclair découvre le sujet. Alors qu’elle est à Hérat, la photographe fait la connaissance d’une femme vendue en mariage à l’âge de 11 ans par son père, un drogué qui avait besoin d’argent. Elle décide alors de se consacrer à cette cause : le mariage forcé de fillettes. Commence alors un long voyage : Afghanistan, Népal, Inde, Yémen… Elle va à la rencontre de ces très jeunes filles, de leur époux, de leurs enfants, de leurs parents aussi. Et les photographie, toujours avec leur consentement. « D’un côté, ils sont conscients de la douleur qu’ils infligent à leurs filles ; de l’autre, ils se rassurent en se disant qu’ils leur offrent la sécurité. » Malheureusement, les hommes âgés qui épousent des fillettes et s’engagent à ne pas les toucher, ne tiennent pas leur promesse. Au Yémen, Asia, 14 ans, est déjà mère de deux petites filles. Fatima, elle, a été mariée à l’âge de 8 ans. Elle pose avec son mari et ses quatre enfants ; elle a perdu deux autres bébés en cours de grossesse. Elle aurait aujourd’hui 22 ans. Outre la violence des rapports sexuels imposés à ces fillettes, les risques en matière de santé sont importants : fausses-couches, hémorragies… Nombreuses sont celles qui y laissent la vie. Les mariages de mineurs sont pourtant interdits dans la plupart des pays concernés. Malheureusement, la police a peu d’emprise sur ce phénomène, soit parce que les cérémonies se déroulent clandestinement, soit parce que les policiers appartiennent eux-mêmes à cette culture. La route est donc encore longue. Mais pour la première fois cette année, l’Onu a décidé que le 11 octobre serait la journée mondiale Girl Child. Preuve que la prise de conscience de l’ampleur du phénomène est  bien réelle.

Sources :

A voir :

L’exposition « ces petites filles que l’on marie » de Stéphanie Sinclair au couvent des Minimes à Perpignan. Des images troublantes, émouvantes, révoltantes aussi qui dévoilent le destin de ces enfants qui vivent dans l’ombre de leur mari, à leur merci.

A lire :

Moi Nojoud, 10 ans, divorcée de Nojoud Ali, avec la collaboration de Delphine Minoui, publié chez Michel Lafonen  2009. L’histoire vraie d’une Yéménite qui a osé défier l’archaïsme des traditions de son pays en demandant le divorce. Et en l’obtenant ! Une première dans ce pays du sud de la péninsule arabique, où plus de la moitié des filles sont mariées avant d’avoir dix-huit ans. Son courage a été largement salué par la presse internationale et son parcours a ému le monde entier. Passée du statut de victime anonyme à celui d’héroïne, elle raconte son histoire. Pour briser le silence. Pour encourager les autres petites filles de son âge à ne pas tomber dans le même piège qu’elle.

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