… en Irlande

En août 2017, nous avons, le temps d’une semaine, mis cap au Nord. Destination : l’Irlande. Nous avons roulé quelques 2 000 kilomètres sur des routes sinueuses, chanté un peu trop Les lacs du Connemara, vu davantage de moutons que d’Irlandais, goûté la Guinness, eu parfois du mal à converser avec les Irlandais forts sympathiques mais à l’accent très prononcé, ouvert seulement deux fois notre parapluie ! Bref, nous nous sommes bien amusés.

Dans ma valise, évidemment, de la littérature irlandaise : Edna O’Brien et Nuala O’Faolain. Des livres écrits par des femmes qui se sont distinguées par leur combat pour l’émancipation, les droits des femmes, la liberté. Leurs romans, souvent fortement autobiographiques, rendent compte d’une Irlande catholique et conservatrice.

Notre itinéraire :

  • 1er jour : L’Irlande du Nord, à l’écart des itinéraires touristiques
  • 2e jour : Dans les pas des géants
  • 3e jour : Westport et le Sud Mayo
  • 4e jour : Les lacs du Connemara
  • 5e jour : Kilkenny et ses environs
  • 6e jour : Cork et ses environs

A lire :

L’Irlande du Nord, à l’écart des itinéraires touristiques

La première étape de ce voyage a été consacrée à l’Irlande du Nord. Non pas que nous étions impatients de marcher dans les pas des héros de Game of Thrones ! Nous voulions admirer ses paysages spectaculaires, ses abbayes et ses châteaux souvent en ruine, nous imprégner de sa culture et mieux comprendre son histoire chaotique…

Nous avons donc quitté Dublin dès le lendemain matin de notre arrivée. Nous avons fait une halte – deux nuits – dans le comté du Fermanagh, autour du Lough Erne, longue étendue d’eau de 80 km de long, constellée de 154 îles boisées.

Une situation géographique qui en fait une belle région de lacs, de forêts et de collines, à l’écart des grands itinéraires touristiques, ce que nous avons apprécié.

Florence Court

Les jambes engourdies par les heures de route , nous avons achevé notre journée à Florence Court. Cette demeure néoclassique a été construite entre 1756 et 1771 par les Cole, comtes d’Enniskillen, « capitale » du comté. A cette heure-ci – seulement 17 h 30 – les visiteurs semblaient avoir déserté le lieu, ce qui n’a pas été pour nous déplaire. Nous avons pu profiter du vaste parc boisé dominé par le mont Cuilcagh, table calcaire qui culmine à 668 mètres à la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.

Mont Cuilcagh

Dans les pas des géants

Le lendemain, nous avons pris la route pour la côte Nord et sa célèbre Chaussée des géants. Un voyage très agréable en plein cœur des Sperrin mountains, de hautes collines couvertes de landes et de tourbières. Le trajet nous a offert de beaux points de vue sur d’étroites vallées couvertes de forêts profondes où coulent des rivières poissonneuses. Longtemps restée à l’écart de la croissance économique, la région des Sperrin mountains est l’endroit idéal pour les randonneurs qui apprécieront les parcs naturels.

Ballycastle

Nous avons débuté notre découverte de la côté Nord par Ballycastle. Sur le port se dresse le Marconi Memorial, monument évoquant la première liaison par onde hertzienne réalisée en 1891 entre Ballycastle et Rathlin Island par le savant italien. The Diamond, la place du village, est bordée de pubs et possède une jolie église du 18e siècle.

Nous avons ensuite suivi l’itinéraire côtier qui propose de nombreux panoramas où il est très facile de s’arrêter. Nous en avons largement profité, ce jour-là le soleil étant au rendez-vous.

La Chaussée des géants 

A une vingtaine de kilomètres, se trouve un site à la fois mythologique et légendaire : la Chaussée des géants, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Une vieille légende celtique rapporte que la chaussée fut construite par le géant Finn McCool pour permettre à son rival écossais Benandonner de venir le défier en combat singulier. Vaincu, ce dernier voulut repartir par le même chemin mais Finn McCool fit disparaître la chaussée dans la mer. Une autre version prétend que lorsque le géant arriva en Irlande, son adversaire était déguisé en bébé. Voyant sa taille, il imagina la stature de son père, prit peur et repartit en courant, détruisant la chaussée. Ces légendes ont donné naissant à tout un folklore. Au 18e et 19e siècles, elles alimentèrent le commerce de faux outils en pierre taillée et de toutes sortes d’objets fantastiques ayant prétendument servi aux géants.

Ce n’est qu’au 19e siècle que l’on comprit l’origine de cette merveille géologique constituée de 40 000 colonnes de basalte emboîtées les unes dans les autres. Produit d’une intense activité volcanique et géologique, ce vestige de près de 60 millions d’années est le résultat du refroidissement et de l’érosion de coulées de laves successives.

Un service de navettes est proposé pour accéder au site. L’accès est néanmoins facile à pied, même avec une poussette.

Dunluce Castle 

L’après-midi s’est achevée par la découverte de Dunluce CastleCette forteresse du 16e siècle est suspendue au bord d’une falaise, à 30 mètres au dessus des vagues. A l’origine le château fut construit par le clan écossais des MacDonnell, alliés aux Irlandais contre les Anglais. Avec l’utilisation de l’artillerie, les fortifications perdirent de leur importance, et le château devint au 17e siècle une résidence luxueusement agencée et meublée par la duchesse de Buckingham, épouse d’un MacDonnell.

C’est à cette époque qu’eut lieu un drame : un soir de 1635, le pan de falaise sur lequel étaient bâties les cuisines s’effondra, précipitant dans la mer cuisiniers et marmitons. La duchesse décida de quitter le château qui commença à péricliter. Une partir du château a été bâtie avec des moellons provenant de la Chaussée des Géants.

Westport et le Sud Mayo

Avant de quitter l’Irlande du Nord, nous avons décidé de consacrer une matinée à la découverte de la région du Fermanagh. Nous voulions voir à quoi ressemblait Castle Coole, belle demeure néoclassique à laquelle le Guide Vert attribue trois étoiles. Achevée en 1798 sous la direction de l’architecte James Wyatt, Castle Coole fut jusqu’à son acquisition par l’Etat en 1951, la résidence des Corry, comtes de Belmore, l’une des plus puissantes familles de l’aristocratie anglo-irlandaise. Nous n’avons pas visité l’intérieur mais juste apprécié l’imposante bâtisse et son parc qui fait – semble-t-il –le bonheur des moutons.

Cliffs of Magho

Nous voulions voir également le splendide point de vue des Cliffs of Magho. Et les Cliffs of Magho, ça se mérite. Pour y accéder, il faut emprunter sur 11 kilomètres la Lough Navar Forest Drive, une route étroite et sinueuse. Ce jour-là, il pleuvait. Alors, après avoir traversé cette vaste forêt de conifères, nous sommes enfin arrivés au sommet. Et là, je dois avouer que nous n’avons pas vu grand chose. Néanmoins, cette impression d’être seul au bout du monde nous a bien plu et nous n’avons absolument pas regretté cette étape de notre voyage.

En tout cas, si l’on en croit les guides touristique, les Cliffs of Magho offre une vue sublime qui embrasse le nord du Lower Lough Erne et Boa Island. Voici une photo trouvée sur Internet pour que vous vous fassiez une idée.

Vers Westport et le Sud Mayo

En début d’après-midi, nous avons pris la route afin de nous rendre dans le Sud Mayo, région plus sauvage encore que le Connemara voisin. Le Sud Mayo incarne surtout une terre sacrée pour les Irlandais. Les pèlerins affluent par milliers à Croagh Patrick, où l’on vénère le saint patron du pays, et ce depuis que la Vierge est apparue aux villageois en 1879 à Knock.

Wesport 

C’est sous le soleil que nous avons découvert Wesport, une jolie petite ville colorée et vivante. Son architecture géorgienne rappelle la domination britannique, sa construction ayant été supervisée par les plus gros propriétaires terriens de la région, les Browne, devenus marquis de Sligo. La ville s’étire le long de la rivière Carrowberg. Son point central est l’Octagon, une place articulée autour d’une colonne dorique.

Au sud de Westport, une magnifique péninsule – la murrisk peninsula – délimitée au sud par le fjord de Killary Harbour, au nord pas Clew Bay et Clare Island. Nous n’avons pas eu le temps de faire l’itinéraire dans son intégralité (une trentaine de kilomètres). La partie sud, au sortir de Wesport, est en tous les cas magnifique.

Les lacs du Connemara (4e jour)

Dans le comté de Galway, à l’ouest de l’Irlande, le Connemara impressionne par la diversité de ses paysages. Dans cette région, surnommée la « beauté sauvage » par Oscar Wilde, on y parle encore gaélique, on exploite la tourbe et on élève des moutons et des poneys. Quant aux panoramas, ils sont souvent à couper le souffle.

La sky road

Un très bel itinéraire  qui permet de découvrir le Connemara sauvage. Pendant 16 kms, on domine Streamstown Bay, échancrure marine de plus de 6 kms entre les collines, puis on longe la baie de Clifden et ses îles.

Faites attention si vous êtes en voiture car il n’est pas rare de croiser des moutons au milieu de la route !

Le château et l’abbaye de Kylemore

Niché au creux d’une forêt, le château de Kylemore surplombe un splendide lac.  Nous devons cette réalisation à Mitchell Henry (1826-1910) qui apporta au Connemara de nombreux bénéfices et eut une grande influence sur le paysage et la population locale. Il employa toutes les méthodes modernes pour mettre en valeur son domaine, son potentiel et son efficacité. Il créa la première ferme modèle de l’ouest de l’Irlande et cultiva le plus grand jardin victorien d’Irlande avec 21 verrières chauffées grâce à un réseau de canalisations d’eau. Pour faciliter la construction du château et de ses jardins, il fit aussi détourner la route de Clifden. En 1893, il produisait sa propre hydro-électricité.

Il décéda en 1910, à l’âge de 84 ans. Ses cendres furent ramenées à Kylemore aux côtés des restes de son épouse, dans le mausolée situé à l’est de l’église néo-gothique. Cette église est décrite comme une « cathédrale miniature » », les colonnes à l’intérieur de l’édifice sont composées de marbres de couleurs différentes provenant des quatre provinces d’Irlande. Elle fut construite en mémoire de Margaret Mitchell, la femme d’Henry qui décéda en 1874, à seulement 45 ans après avoir contracté une dysenterie au cours d’un voyage en Egypte.

Le château et ses terres furent ensuite vendus au Duc de Manchester en 1903. Le duc avait développé un goût prononcé pour le jeu et menait un train de vie qui lui valut de faire faillite à seulement 23 ans. Heureusement un mariage avec une riche héritière, Helena Zimmermann, lui permis de résoudre ses problèmes financiers. Ce fut Eugène Zimmermann, beau-père du duc et magnat du pétrole qui a principalement financé l’achat du château Helena souhaita moderniser l’intérieur du château en changeant presque tout son intérieur pour un coût de 16 000 livres. En 1914, lorsque que Eugène Zimmermann décéda, le domaine fut de nouveau vendu.

L’abbaye de Kylemore est le foyer monastique des Sœurs Bénédictines depuis 1920. Les religieuses sont arrivées à Kylemore comme réfugiées après avoir fui leur monastère à Ypres, en Flandres, au début de la Première guerre mondiale. Elles ouvrirent en 1923 un internat pour jeunes filles qui acquit une renommée internationale. Les élèves de Kylemore appréciaient cette expérience unique. L’école a fermé ses portes en juin 2010 juste après que les dernières élèves aient passé leur baccalauréat.

Aujourd’hui encore, la communauté réside dans l’abbaye. Les sœurs sont parties prenantes de la vie de Kylemore et elles en sont le centre spirituel. Elles consacrent leur vie quotidienne au travail et à la prière selon la règle de Saint Benoit. Elles exploitent également une ferme et manufacturent des produits artisanaux.

Kilkenny et ses environs

Après la région du Connemara, nous avons rejoint le sud-est de l’Irlande. L’ occasion de découvrir de très beaux sites .

Cashel 

Blotti au pied d’un rocher d’une soixantaine de mètres de haut, le village de Cashel possède des vestiges religieux impressionnants. Capitale des souverains celtes du royaume de Munster, christianisée au 5e siècle par Saint-Patrick, Cashel est l’un des hauts lieux de l’Irlande chrétienne primitive ; elle conserve encore aujourd’hui une place importante dans l’imaginaire collectif irlandais.

Si affronter les bourrasques de vent même en plein été ne vous fait pas peur, visitez absolument le Rock of Cashel. Vous pourrez voir la croix de Saint Patrick, érigée sur une pierre votive du 4esiècle sur laquelle montaient les rois de Munster au moment de leur couronnement. Le plus ancien bâtiment religieux, Cormac’s Chapel, édifice de style roman du 12e siècle, bien conservé et richement décoré, fut construit par des moines venus d’Allemangne.

La cathédrale, impressionnante par sa taille, fut incendiée et pillée en 1647 lors des guerres de Cromwell. A l’extérieur, se dresse une tour ronde comprenant 5 étages que l’on gravissait avec des échelles ; son entrée se situe à 3,50 m du sol.

Pour l’anecdote, en l’an 450, Saint Patrick se rendit à Cashel pour baptiser le roi celte Oenghus de la tribu des Eoganacht. A cours de la cérémonie, Saint Patrick voulut ponctuer ses invocations d’un coup de crosse dans le sol mais planta malencontreusement la pointe de sa crosse dans le pied du roi. Stoïque et pensant que cette épreuve faisait partie de son initiation, Oenghus ne broncha pas. Toutefois, sa conversion ne lui porta pas chance. Après son baptême, il perdit plus de 40 batailles et, dépité, retourna au paganisme.

Le château de Kilkenny

Capitale du comté du même nom, Kilkenny est une ville animée où il est très agréable de passer un après-midi. Au départ, le château de Kilkenny est un fort normand en bois construit en 1172 par le célèbre Strongbow, comte de Clare. Vingt ans plus tard, son gendre érige à cet emplacement un premier bâtiment en pierre, un château fort à quatre tours d’angle dont trois ont été intégrées au château moderne.

En 1391, le château passe aux mains de la famille anglo-normande des Butler d’Ormonde, qui s’enrichit notamment grâce à l’importation de vins français en Irlande. Pendant 550 ans, ils vont dominer le sud-est de l’Irlande du haut de ce château. A l’époque victorienne, ils transforment leur vieille demeure en un splendide palais. Mais leur prospérité ne dure pas. En 1935, le dernier duc d’Ormande doit vendre l’intégralité de son mobilier chez Sotheby’s. Le château, en ruine, fut racheté pour seulement 60 £ par l’Etat irlandais en 1967.

Prenez le temps de vous balader dans le parc du château avant de déambuler dans les rues pavées de la vieille ville.

Cork et ses environs

Troisième ville d’Irlande après Dublin et Belfast, le chef lieu du comté de Cork tire son nom du gaélique corcach, « marais ». Cork, avec ses 120 000 habitants, se situe, en effet, sur l’estuaire de la Lee, l’un des plus grands ports naturels d’Europe. Si sa prospérité a longtemps reposé sur la construction navale et le commerce maritime, c’est à la pétrochimie et à l’électronique que la ville doit sa reprises économique de la première décennie du 21e siècle.

Le quartier historique se visite à pied mais ne recèle aucun trésor architectural. Centre universitaire, Cork séduit en revanche par son activité culturelle et son ambiance chaleureuse : rues piétonnes, marché couvert, galeries d’art et pub animés.

Le château de Blarney

A l’origine, sur ce domaine de plus de 24 hectares, un pavillon de chasse en bois érigé au 10e siècle. Vers 1210, il fut remplacé par une structure en pierre dont l’entrée se trouvait six mètres au-dessus du sol sur la façade nord de l’édifice. Ce bâtiment fut démoli pour donner naissance au troisième château construit par Cormac MacCarthy en 1446. C’est sa tour fortifiée, ou forteresse-résidence, que nous connaissons aujourd’hui comme le Château de Blarney.

Embrasser la pierre de Blarney

Depuis plus de 200 ans, des chefs d’Etat du monde entier, des écrivains et stars de cinéma se sont joints aux millions de pélerins venus gravir les marches pour embrasser la pierre de Blarney et obtenir le don de l’éloquence. Cette pierre aurait en effet des pouvoirs mais son histoire fait encore débat. Selon certains, il s’agirait de l’oreiller de Jacob, amené en Irlande par le prophète Jérémie. Elle y devint alors la pierre de Fal ou « Pierre Fatale », utilisée comme trône divinateur désignant les rois irlandais. D’après la légende, la pierre fut ensuite emmenée en Ecosse où son pouvoir prophétique servit pour la succession au trône. Lorsque Cormac McCarthy, le Roi de Munster, envoya quatre mille hommes pour soutenir Robert the Bruce dans sa victoire contre les Anglais à Bannockburn en 1314, la pierre fut partagée en deux et envoyée à Blarney. Quelques années plus tard, une sorcière sauvée de la noyade révéla ses pouvoirs aux MacCarthy.